Bonjour, aujourd’hui je répond à une question posée par Eric, qui est “Est-il raisonnable d’isoler 3 murs sur 4” ?

C’est une question intéressante car de nombreuses raisons peuvent vous empêcher vous aussi d’isoler un des murs de votre maison.
On peut alors se demander si ça vaut le coup, si c’est problématique, et s’il y a des problématiques à anticiper.

Isoler trois murs, c’est déjà beaucoup mieux que de ne rien isoler ! Mais il y a des précautions à prendre.

Voyons ensemble quelles sont-elles pour que vous fassiez vos choix en connaissance de cause.

Quelles économies thermiques ?

Quand on parle d’isoler les murs, on est dans la famille des déperditions thermiques dites “surfaciques”, qui sont proportionnelles à la surface.

10m² de surface sont deux fois plus déperditives que 5m² de cette même surface.

Admettons que le mur présente un U = 2,5 W/m².K, c’est à peu près le coefficient de transmission thermique des parpaings classiques, creux de 20cm.

Concrètement, il signifie qu’il faut chauffer de 2,5 W pour maintenir 1 degré d’écart de part et d’autre de la paroi, pour 1m².

Dans le cas d’une maison de 10mx10m, si les murs font 3m de haut, qu’il fait 20°C à l’intérieur et 0°C à l’extérieur, le calcul de déperdition est tout simple :

On a 20°C d’écart, et on a 4 murs de 3x10m donc on a 120m² de mur.

La puissance qui s’échappe par les murs est de 2,5 x 20 x 120 = 6000W, soit 3 chauffages électriques à fond (sans compter les autres déperditions).

Si maintenant on isole avec 15cm de laine de bois, de résistance thermique R = 4 m².K/W on va obtenir une paroi qui présente un nouveau U = 1/ (1/Uinitial + 4) = 0,23 W/m².K*

Le coefficient de transmission thermique de la paroi a été divisé par 10 !

*Ce calcul vient de deux choses : premièrement, U = 1/R, et deuxièmement, dans une paroi les “R” des matériaux successifs s’additionnent.

Pour trouver cette valeur de R pour un matériau qui vous intéresse, vous pouvez par exemple visitez l’excellent site conseils-thermiques.

En isolant 3 murs sur 4 :

  • On va conserver la déperdition de tout à l’heure sur un mur, soit 2.5 x 20 x 30 = 1500 W
  • Plus la déperditions des trois murs désormais isolés, soit 0.23 x 20 x 90 = 414 W.

    On économise donc 4086W grâce à cette isolation, théoriquement.

Pour donner un ordre de grandeur, calculons l’économie que ça peut faire. J’ai pris une facture chez moi, on en a pour 161€TTC pour 920kWh, ce qui fait 0,175€ le kWh.

Des travaux d’isolation bien fait, on en a pour 30 ans disons. Pendant 30 ans, on va considérer que cette économie est faite 4 mois / an (c’est arbitraire), et qu’on ne chauffe que 12h par jour.

Donc on a 12 (heures/jour) X 30 (jours/mois) X 4 (mois/an) X 30 (an) = 43 200 heures.

La quantité d’énergie économisée est donc de 4086 (Watt) X 43 200 (heures) = 176 515 kWh

L’économie générée serait donc théoriquement de 30 890€ !

Attention à l’humidité

Dans le cas précédent, on avait l’habitude de produire 6000W de chauffage en permanence.
La température de surface des murs intérieurs était aux alentours de 17°C.

Après isolation, pour maintenir une température confortable, on a vu que la puissance de chauffage à produire allait être nettement diminuée.

Le risque est le suivant : diminuer le chauffage au point que le mur qui n’est pas isolé refroidisse. Il ne serait plus alors à 17°C mais à 15°C par exemple.

En fait cela dépend de plein de choses : où est-ce qu’il est situé, est-ce que c’est l’endroit où la température est mesurée pour régler le chauffage, est-ce que c’est l’endroit où vous restez et cherchez du confort, etc.

Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut comprendre c’est qu’un mur froid, est une surface sur laquelle l’humidité contenue dans l’air va se déposer.

Pour les plus curieux d’entre vous, j’ai préparé une vidéo explicative détaillée sur le sujet :


Hygrométrie de l’air

Selon la température de paroi, il y aura formation de condensation (petites gouttes d’eau qui apparaissent en surface).

condensation sur un mur
Condensation sur un mur non isolé



Mais cela dépend aussi du taux d’humidité de l’air : plus le taux d’humidité est élevé, plus la condensation va apparaître à une température “normale” du mur.

A l’inverse, plus le taux d’humidité est bas, moins la condensation va apparaître. Il faudra une température de surface plus basse pour que la condensation apparaisse.

De toute manière, pour un air sain, il est conseillé de maintenir le taux d’humidité relative entre 30 et 70%.

La porosité du revêtement de mur intérieur

Avez-vous déjà remarqué que la condensation (petites gouttes qui se forment en surface) est “sélective” ?

Elle se forme sur les surfaces très lisses, souvent très froides au toucher comme le verre, l’acier, le béton armé, mais ne se met pas sur le bois, la terre cuite, la chaux. (Elle se met aussi sur des surfaces hydrophobes, comme les feuilles des végétaux)


Quelle est la différence entre ces matériaux ?


C’est la capacité à accueillir de la condensation dans les cavités microscopiques de surface, on appelle cela l’adsorption.

Sensation de paroi froide

On a vu les raisons qui pouvait expliquer la création d’humidité. Voyons un paramètres méconnu concernant le confort thermique :

La température de la paroi.

En fait il a été montré que la température de l’air ne permet pas de prédire le confort thermique.

La température des parois environnantes compterait tout autant, même en étant habillé.

Je n’ai pas la main sur une étude scientifique qui le démontre, mais cela se ressent assez facilement.

Donc avec un air à 20°C, si le mur est à 16°C, il se pourrait que l’on ressente une température de 18°C environ.
Cela s’explique notamment par les phénomènes de rayonnement infra rouge.

De plus, une paroi froide refroidit l’air, et donc l’alourdit. Cela crée des mouvements d’air désagréables.

Effusivité et rayonnement

Certains matériaux sont chaleureux au toucher, d’autres sont très froid, pourtant ils sont à la même température.

Reprenons le bois et l’acier, quand ils sont à 20°C, en les touchant on ressent respectivement une température de 33.2°C et 21,5°C (en supposant que notre peau est à 37°C)

Source : cet article Wikipédia est très intéressant à ce sujet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effusivit%C3%A9_thermique

En fait ce phénomène joue aussi à distance, par le rayonnement.

Quand la source de chaleur, les objets dans la maison, ou un corps humain émet de la chaleur par rayonnement infrarouge, si elle ne lui est pas renvoyée, la sensation de perte de calories est ressentie, c’est un signal de froid.

Conclusion

Si on ne peut isoler qu’une partie des murs, cela reste une bonne idée de le faire, cela reste un gain de confort et des performances accrues.

Mais il ne faut pas compter sur des économies d’énergie aussi élevées que ce que les calculs nous le dirait.

En effet, il faut chauffer davantage pour maintenir la température intérieure des murs non isolés élevés pour le confort, et pour éviter les problèmes d’humidité par condensation sur la paroi.

En complément, il est important de maintenir un taux d’humidité relatif de l’air en-dessous de 70% grâce au renouvellement de l’air.

Si c’est possible, augmenter la température de surface de la paroi non isolée, abaisser son effusivité et augmenter sa capacité d’adsorption.

Tout cela est possible en faible épaisseur avec l’utilisation de matériaux anciens, comme les mélanges chaux chanvre, ou le liège (C’est un peu comme une mini isolation ^^).

Vous êtes libre de télécharger mon PDF gratuit juste en-dessous pour lire d’autres informations techniques qui vous aideront à faire vos choix, et pensez à me poser vos questions en commentaires sous l’article ou à faire coucou, ça fait toujours plaisir 🙂

A bientôt !

Cédric

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Catégories : MURS ET FACADES

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.